Le peintre hacker Blase : portrait d’un acheteur hors-norme
Article de Diane Zorzi pour Interencheres
Cet été, la rédaction d’Interencheres donne la parole à ceux qui font les enchères, collectionneurs et commissaires-priseurs. Sur notre route, nous avons croisé un acheteur hors-norme : Blase. Il restaure, détourne, donne une seconde vie à des toiles anciennes dénichées notamment sur Interencheres. Il nous a accueilli dans son atelier parisien, rue d’Hauteville. Portrait d’un artiste et enchérisseur à l’univers singulier…
Comment vous est venue l’idée de détourner des tableaux anciens ?
J’ai toujours eu un rapport particulier aux Å“uvres et objets anciens. Lorsque j’étais petit, je me souviens de mes parents brocanteurs qui rĂ©cupĂ©raient des photos de familles que nous ne connaissions pas, notamment suite Ă des successions. Les hĂ©ritiers venaient nous voir pour vider quarante ans de vie en quelques jours. Ils laissaient des meubles dans lesquels je retrouvais ces photos. Je vivais très mal le fait de devoir jeter tous ces souvenirs, tous ces portraits d’hommes et femmes dĂ©funts. Je les conservais donc tous. C’est cette mĂªme dĂ©marche qui anime mon travail de peintre : que faire de tout ce patrimoine ?
Certains disent que je dĂ©grade les tableaux. Mais je passe plus de temps Ă les restaurer que l’artiste lui-mĂªme Ă les peindre ! En outre, j’acquiers des Å“uvres qui sans cela seraient certainement restĂ©es sans propriĂ©taire ou seraient mĂªme parties Ă la benne Ă ordures… La plupart du temps, les gens aiment voir les peintures XIXe dans les musĂ©es, mais ils ne les imaginent pas chez eux. Je veux aller contre cette acculturation gĂ©nĂ©rale et au contraire valoriser notre patrimoine culturel europĂ©en qui est extrĂªmement riche. Je me rĂ©approprie un patrimoine culturel, mais je conserve toujours les signatures des artistes.
Qu’est-ce qui vous a amené à la peinture ?
Je suis fils de brocanteur. J’ai donc commencĂ© en tant que marchand de tableaux et je me suis formĂ© ensuite en autodidacte Ă la restauration. En 2004, j’ai rencontrĂ© un Ă©tudiant de l’Ecole du Louvre Ă qui je piquais rĂ©gulièrement les cours. Je ne me souviens plus exactement Ă quand remontent mes premières Å“uvres, mais un jour un ami galeriste m’a demandĂ© pourquoi je ne les signais pas. Il m’a alors lancĂ© : « Signe-les et je te fais une expo ! » Je lui ai rĂ©pondu en rigolant « Je n’ai pas de nom, je n’ai pas de blase comme on dit » et il m’a dit « tu viens d’en trouver un ». Mon nom de peintre Ă©tait nĂ©, au cours d’une conversation banale, en deux minutes.
Depuis quand achetez-vous vos toiles sur Interencheres ?
Depuis sa création en 2000. J’aime chiner sur Interencheres. Je dépose régulièrement des ordres d’achat, au moins une fois par mois. Le site est une bibliothèque d’images incroyable ! J’ai d’ailleurs acheté à Vichy en janvier 2016 auprès de Maître Etienne Laurent, une paire de portraits que j’ai transformée en Party Time 2 (photo ci-dessus).
Comment sélectionnez-vous vos toiles ?
Je n’ai pas de critères particuliers pour choisir mes Å“uvres. Je me laisse surtout porter par une belle composition. Je cherche quelque chose qui flatte l’œil. Par exemple, pour cette paire de portraits, j’ai Ă©tĂ© interpellĂ© par la coupe de cheveux de l’homme. La plupart du temps, ce sont des tableaux rĂ©alisĂ©s au XIXe siècle. Derrière les vernis, la poussière et les dĂ©tĂ©riorations du temps, se cachent souvent de très jolies toiles. Il y avait de très bons artisans Ă cette Ă©poque. J’aime leur travail minutieux, le soin avec lequel ils reprĂ©sentent chaque dĂ©tail, chaque texture.
Comment procédez-vous techniquement ?
Dans un premier temps, je les restaure. Les toiles que j’achète nĂ©cessitent souvent un rentoilage et leur couche picturale ne tient plus. Je rĂ©intègre alors les pigments et retravaille la texture. Ce processus de restauration me permet vĂ©ritablement de rentrer dans l’image. Je peux ainsi m’approprier l’œuvre de manière physique. Ensuite, je rĂ©flĂ©chis aux modifications et ajouts que je souhaite apporter. Je fais des tests et sollicite l’avis de mon entourage. S’ils trouvent ça cool, c’est que ça l’est ! Je me rends souvent dans les boutiques de farces et attrapes pour trouver des modèles, tels que des oreilles de lapin par exemple. Pour ce portrait d’homme, j’ai pris un couteau de cuisine que j’avais chez moi et je l’ai reproduit.
Quelle émotion souhaitez-vous procurer au spectateur ?
Je veux simplement une rĂ©action. Il est essentiel pour moi d’avoir une galerie oĂ¹ je peux exposer mes toiles. Je peux ainsi surprendre la rĂ©action des gens qui passent devant la vitrine.
La semaine dernière, j’ai aperçu un enfant de 4-5 ans qui s’est arrĂªtĂ© longuement devant une de mes Å“uvres reprĂ©sentant R2-D2 (photo ci-contre). Un peu plus tard dans la journĂ©e, un SDF frappait vigoureusement Ă la vitre et ne pouvait plus s’arrĂªter de rire devant cette mĂªme huile ! C’est exactement ce que je cherche : provoquer une rĂ©action, quelque soit lâ€™Ă¢ge ou l’origine sociale.